J'ai péché definitif Couverture-1

La chute prévisible...

 

            Là, dans la pénombre, je m’assois sur le bord du lit défait par des marques d’amour et marqué par des gouttes de sueur.

L’homme, dort nu sous le drap blanc. Sa respiration lente et régulière me donne la sensation qu’il est bien, qu’il nage dans une profonde quiétude.

Dans un sursaut, sa main cherche ma main sur le drap sans que sa tête ne bouge, ce qui m’oblige à faire un bond hors du lit.

Je suis confuse,  mon corps est pris  de violents tremblements, mes yeux embués de larmes peinent à voir. « Où sont mes sous-vêtements et mon pantalon !? », me dis-je doucement.

Je trébuche sur ce qui semble être mes chaussures. Le torse nu de l’homme sur le lit se redresse. Il cherche dans le noir qui a fait du bruit, il secoue sa tête, lève son bras et se recouche.

A genoux dans un coin de la pièce, je me demande franchement ce que je fais là ! J’essuie mes larmes, mon cœur bat fortement dans ma poitrine lorsque des images d’acrobaties faites sur le lit, me reviennent. Je veux hurler, mais aucun son ne sort de ma bouche, J’ai si honte !

A tâtons, puis sur la pointe des pieds, je cherche la porte et je sors.

 

Il est 23 heures lorsque j’arrive dans ma rue. Je grimpe quatre à vive allure les marches d’escalier de mon immeuble, pour arriver essoufflée au cinquième étage.

J’essaie de rassembler mes pensées et  me concentrer pour ouvrir la porte. Mon seul désir du moment est de prendre une bonne douche et de me coucher. Ce qui s’est passé tout à l’heure, j’y réfléchirai plus tard, c’est mieux ainsi. Hum, j’ai très soif, je me dirige vers la cuisine pour me servir un verre d’eau glacé.

Tout à coup, la pièce s’éclaire. Une personne a appuyé sur l’interrupteur et se met à crier. Avant que je ne réalise ce qui se passe, je ressens déjà la douleur de la gifle et du coup de poing sur mon visage. 

« Où étais-tu femme mariée ? N’en as-tu pas assez de toutes tes intrigues ». Je m’accroupis en me protégeant la tête sous la pluie de gifles.

« Réponds, prostituée … c’est ça, une servante de Dieu ? Tu parles de haïr la fornication et tu manges ce fruit que tu trouves mielleux. C’est ça, l’éducation que tu donnes à tes enfants ?! » 

« Jean, arrête, arrête tu me fais mal, arrête … » je m’écrie. Au fond, je ne sais pas ce qui me fait le plus mal, ce qu’il me dit ou ce que j’ai vécu la nuit dernière.

« Tu m’as trahi alors que je te faisais confiance. Tu m’as appris à craindre Dieu, à le servir… Je te croyais être un modèle, avec toutes tes prédications et tes prophéties ».

« Jean arrête, tu me fais mal, ». Je crie quand son puissant bras m’envoie valser sur la table de la cuisine. Celle-ci ne résiste pas au choc. Elle se brise en deux morceaux et je me retrouve à terre.

Benjamin et Paul, nos deux fils de 15 et 12 ans, réveillés par tout ce vacarme, surgissent dans la pièce pour maîtriser leur père en l’obligeant à prendre place sur un fauteuil du salon. Ils font tout pour le calmer. Jean, résigné, finit par obéir.

Paul m’aide à me relever. J’ai le vertige et mes membres sont endoloris. Ma bouche est pleine de sang. J’ai envie de cracher. Benjamin me donne un mouchoir. Je me mouche, il y a des caillots de sang. Je m’appuie quasiment sur l’épaule droite de mon fils qui me fait asseoir à mon tour sur le vieux canapé du salon.

Jean me fixe avec insistance. Son visage grave est passé de la colère au chagrin. Il se met à pleurer, son visage ovale entre ses deux grandes mains. Ses cris de douleur ressemblent à des plaintes. Je ne sais pas quoi faire. Mes deux garçons abasourdis par cette scène, m’observent tristement du coin de l’œil.

Je ne sais pas quoi faire ! C’est trop dur….Je suis prise de remords et de culpabilité.

OUI, je suis coupable ! Oui, J’ai pêché.

Moi ! Femme de Dieu, Apôtre et épouse !

J’ai prêché sur l’Amour de Dieu, Sa fidélité, le mariage, le couple, la femme vertueuse, la repentance et la sanctification…

J’ai guéri les malades par la prière et le Saint-Esprit, mon compagnon de route ne m’a jamais abandonné. A nous-deux, nous avons fait de grands exploits.

La larme à l’œil, je me souviens du jour où j’ai arrêté l’orage en lui ordonnant de s’arrêter parce que Benjamin avait peur lorsqu’il avait 5 ans.

Je me souviens encore lors d’une prédication, comment une pluie de guérison s’était abattue dans toute la congrégation,  produisant des puissants miracles.

Je me souviens encore avoir été ravie au ciel comme l’Apôtre Paul et avoir contemplé la gloire du Seigneur sur son trône éternel.

Oui, mais aujourd’hui, j’ai péché en commettant l’adultère et l’Esprit de Dieu au fond de moi me pousse à la repentance.

« Ne crois pas que tu vas t’en tirer comme ça » maugrée Jean entre deux sanglots.

« Je ne vais pas divorcer pour cause d’adultère, je vais rester marié avec toi mais seulement, je ne vais plus te toucher. Tout le monde saura ce que la Grande Prédicatrice et Apôtre de tous les temps a fait ! Prépare-toi, tu as commencé ta traversée du désert ! ».